L’«Avouerie»:
Une institution complexe dirigée par l’«Avoué»

La notion d'«Avouerie» nous reporte à la période carolingienne. Dans un monde guerrier, l'«Avouerie» était  une institution de protection d'un bien ecclésiastique dont l' «Avoué» n'était pas propriétaire, mais aussi une institution de défense militaire et judiciaire. Cette  fonction d’«Avoué» était  de haut rang, et, par ailleurs,  nullement incompatible avec un titre de noblesse.

L'Eglise avait trois solutions pour défendre ses biens : créer sa propre milice (solution trop onéreuse pour le clergé séculier) ;  se placer sous la protection d'un seigneur de haut rang ;  ou enfin, composer avec le Roi.

Anthisnes fut  une terre du domaine royal jusqu'en 879 et resta propriété ecclésiastique de  946  à 1794. Les moines choisirent une sorte de voie moyenne entre une difficile autonomie militaire et une soumission au Roi, lui-même constamment menacé dans ces périodes troubles.

L'Avouerie

Les premiers «Avoués» ou «Haut-Voués» furent les Ducs de « Limbourg », ville située à un jet de pierre de Dolhain en Province de Liège. Elle leur avait été attribuée par l'Evêque de Metz dont relevaient  alors les abbés de Waulsort.  Que l’Avouerie d' Anthisnes ait été conférée héréditairement à un Duc de Limbourg, il n'y a là rien d'étonnant, celui-ci étant également le souverain de nombreuses possessions à proximité : Sprimont, Esneux, Baugnée, La Rimière, La Chapelle, Tavier et Villers – aux - Tours.

En 1250, les droits d'Avouerie furent exercés par les Comtes de Houffalize, apparentés aux Ducs de Limbourg et aux Comtes de Luxembourg. Par une charte de 1292, Jean ler, Duc de Brabant après avoir conquis le duché de Limbourg par sa victoire à la bataille de Woeringen, accorda la Haute Avouerie à son fidèle chevalier, Thomas-Corbeau de Villers, qui prit  le nom de Thomas­ Corbéal d'Antine.

Woeringen était une forteresse sur les bords du Rhin entre Cologne et Neuss. La bataille se déroula le 5 juin 1288. Opposés aux Brabançons, les principaux chefs confédérés y trouvèrent la mort (Henri III de Luxembourg, son frère Waleran, Henri et Baudouin de Houffalize,...),  ou bien furent faits prisonniers (Adolphe et Henri de Nassau, Renaud de Gueldre,...). Après Woeringen, les guerres n'ont pas cessé entre les Brabançons et une branche de la famille de Limbourg, les seigneurs de Fauquemont. En 1334, une nouvelle coalition se forma contre Jean III de Brabant, petit-fils du vainqueur de 1288. Jean de Luxembourg fut fait Roi de Bohême par l'Empereur d'Allemagne, Henri VIII, fils aîné de Henri III de Luxembourg. Il comptait parmi ses alliés, Louis de Nevers, Comte de Flandres. Cette guerre de succession des duchés eut des conséquences nombreuses sur nos villages.

La famille des d' Antine exerça ses droits jusqu'en 1671. A la mort de Marie d' Antine, le 8 juin 1671, dernière descendante de la lignée, l'Avouerie passa à la famille des de Wal. Joseph-­Alexandre, Baron de Wal (1739-1806), époux de Marie de Haultepenne, émigra en 1792 durant la Révolution française. Il fut le dernier Avoué d'Anthisnes.

Le Seigneur d'Anthisnes était bien plus qu'un simple grand propriétaire. Comme l'indique J. de Chestret dans son étude de 1904, «ce qui le met hors pair, c'est qu'il a la haute, moyenne et basse justice, c'est- à- dire la prérogative d'établir un tribunal connaissant des affaires civiles et des affaires criminelles»

La charge disparue, l'ancienne résidence des voués, abandonnée depuis longtemps et devenue la propriété de Marie-Philippine Elisabeth de Wal, fut vendue en 1851 aux Barons Auguste et Edouard de Waha-Baillonville. Après l'incendie de 1897, le «Vieux château» fut acquis par une société qui transforma les dépendances en petites maisons ouvrières.

En 1912, l'ensemble du domaine fut morcelé et,  en 1928, le curé Peeters devint le propriétaire du château et le céda à la paroisse et aux «Oeuvres sociales chrétiennes».

En 1968, vingt ans après en être devenue propriétaire, cette asbl, ne pouvant faire face aux charges, céda ses droits à une nouvelle asbl,«l'Avouerie d'Anthisnes» qui assure l'entretien et la restauration du bâtiment, l'anime et veille en général à la préservation du patrimoine local.

Remarque : Le «Bois de Tolumont» 
Complément au pouvoir judicaire

Nous ne pouvons terminer ce tour d'horizon de l'Avouerie sans ajouter le complément à son pouvoir judiciaire, le bois de Tolumont et ses arbres de justice, rendus célèbres par la version romancée du «crime de Tolumont» entré dans le patrimoine littéraire local par le talent de différents auteurs, et en particulier par la bande dessinée qu'Arthur Piroton publia en 1951 en épisodes dans le journal «La Cité».

Le Bois de Tolumont

La ferme située à l'orée du bois, et où se trama le crime, est une bâtisse isolée du XVIIe siècle, en moellons de calcaire, remaniée et agrandie, disposant ses bâtiments en ordre dispersé autour d'une cour partiellement pavée.

 Au Nord se trouve l'important volume du logis et de l'étable sous une seule toiture à petites croupes typiquement condruzienne. A l'opposé, la grange est ouverte d'une porte charretière tandis qu'à l'Est se trouvent des étables de quatre travées limitées à gauche par un chaînage et vraisemblablement agrandies dans le courant du premier tiers du XXe siècle.