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Anthisnes : la ferme Saint-Laurent
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Après bien des péripéties, judiciaires entre autres, et un incendie criminel en 1986, la ferme SaintLaurent renaît de ses cendres. Sur une idée conjuguée de l'Avouerie d'Anthisnes asbl et d'un bureau d'architectes liégeois, et grâce à l'appui inconditionnel du Ministre Robert Collignon, l'ensemble est acquis le 1 juin 1994 par la SRWL ( Société Régionale Wallone du Logement) pour transformer trois ailes en maisons sociales; l'église est cédée à l'Avouerie asbl qui s'est fixée comme objectif de lui donner une seconde jeunesse, non plus religieuse mais culturelle. Quant à la commune d'Anthisnes, elle participe financièrement à cet ambitieux projet.
Voici l’histoire de cet édifice :
Offert par le Roi de France, Louis II le Bègue au Comte Ebroïn en 879, le fief d' Antina connaîtra à partir de 946 sa véritable destinée de terre d'Eglise relevant de l'ordre de saint Benoît (les Bénédictins) pour près de 850 ans (946-1794). A cette date, un héritier d'Ebroïn, le Comte Eilbert de Ribémont en Thiérache, seigneur de Florennes, et son épouse Hérésinthe le cèdent à l'abbaye de Waulsort qu'ils viennent de fonder. L'acte de ratification de la donation d'Anthisnes à l'abbaye, donné par le Roi de Germanie Otton I, mentionne une église en bois dédiée à saint Maximin, un manse seigneurial, trente et un manses serviles, un moulin et une brasserie.

La ferme, peut-être la plus ancienne construction du village,- du moins pour certaines de ses parties -, a été la résidence du principal vassal des moines; elle constituait leur premier fief. De par la présence du Voué à quelques dizaines de mètres, la ferme ne fut régulièrement occupée que par les fermiers locataires, les «censiers».
En 1554, Nicolas Sarteau, abbé de Waulsort,- comme l'atteste l'inscription qui surmonte la porte d'entrée -, apporte des modifications substantielles. Nous lui devons en grande partie le corps de logis. Le noyau primitif, probablement de la fin du XVe siècle, fut remanié sous son règne (1551-1562) : agrandissement jusqu'à l'actuel portail de la ferme et percement d'une baie à croisée.
La première mention de la ferme date de 1585. En 1664, il existe une «cense» avec «maison», une «estable des boeufs»... et des «toitures d'ardoises».
A cette époque, mis en gage puis soumis à la vente par l'abbé de Waulsort, l'ensemble est acquis et essentiellement reconstruit par Guillaume Natalis, abbé de l'abbaye de Saint-Laurent (1658-1686), à l'exception du logis et de l'église. Avec l'approbation pontificale pour cet acte d'échange, l'abbé de Saint-Laurent effectue des travaux considérables, en particulier le robuste porche de style classique en moellons calcaires qui commande l'entrée (1682). Il fait d'ailleurs suivre son titre écclésiastique de celui de «Seigneur d'Anthisnes»; c'est depuis cette époque que la ferme seigneuriale s'appelle «ferme Saint-Laurent».
Elevés sur trois niveaux soulignés en façade principale d'un cordon-larmier, les étages sont éclairés de baies disposées de part et d'autre d'une pierre sculptée aux armes de l'abbé Natalis au premier, et d'une niche contenant jadis la statue de Saint-Laurent au second.
La façade arrière est précédée d'un jardin fermé de hauts murs en moellons calcaires avec, comme tour d'angle, une jolie tourelle circulaire de la fin du XVIIe siècle, toujours en moellons, utilisée plutôt comme pavillon de jardin que comme élément de défense. Au Nord, l'aile est occupée par une importante grange de la fin du XVIIe siècle. Au centre de celle-ci, nous pouvons encore voir une pierre sculptée aux armes de l'abbé Natalis.

La tour d'angle Nord-Est était autrefois une tour défensive et ultérieurement affectée à un colombier. Enfin, la grande aile Est, face au corps de logis comprenait les écuries, bergeries et autres remises.
Pour être complet dans la description de cet ensemble historique et architectural de grande valeur, il nous faut encore nous arrêter quelques instants sur l'ancienne église Saint-Maximin, probablement la partie la plus intéressante. Cet édifice pré-roman du Xe siècle et roman des XIe et XIIe siècles, aménagé aux XIIIe, XVIe et XVIIIe siècles, forme le quadrilatère au Sud. Il est composé d'une tour carrée (peut-être du XIIIe siècle) désaxée, de deux nefs, une grande et une petite, séparées par quatre colonnes gothiques en pierres bleues, de cinq travées et d'un choeur. Les parois sont rehaussées de peintures murales de la seconde moitié du XVIe siècle, malheureusement fortement endommagées. Au XVIIIe siècle, le décor fut adapté aux goûts du jour : des plafonds plats et des stucs envahissent l'intérieur. En 1712, la sacristie est redressée et surrélevée, cachant partiellement le pignon roman.
Depuis des temps immémoriaux, Anthisnes faisait partie de la Principauté de Liège. En 1768, la seigneurerie, comme celle de Vien, fut échangée par le Prince-Evêque de Liège, Louis d' Oultremont, contre les seigneuries de Choz, de Sclessin et d' Ougrée appartenant à l'abbaye de Stavelot, dont le Prince-Abbé était à cette époque Jacques de Hubin. Jean-Joseph Briquet (1760-1796), curé de Saint-Maximin, entreprit de tout remettre en état. C'est également à cette époque que furent placées six bornes frontières. La face tournée vers Ouffet est revêtue du Perron liégeois et des lettres L.G.; l'autre porte la mention Stavelot. Trois de ces bornes ont été déplacées et installées respectivement au hameau des Floxhes, à la jonction de la route de Vien avec celle de Liège à Marche, et enfin, devant l' Avouerie.
La Révolution de 1789 mit fin, en France, à l'Ancien Régime. Dès août de la même année, le Prince-Abbé de Stavelot se trouva devant un soulèvement armé issu du Comté de Logne, entretenu entre autres par Anne-Josèphe Terwagne, mieux connue sous son nom de Terwagne de Méricourt. Après quatre années de révoltes successives et de concessions, en juin 1793, de graves désordres éclatèrent au «Quartier du Condroz».
Le 18 septembre 1794, après six semaines de combats et une victoire française au lieu-dit les «Roches Noires» à Comblain-au-Pont, les Républicains de Jourdan forçaient les Autrichiens à battre en retraite vers le pays de Limbourg. C'était la fin du Comté de Logne et de la Principauté de Stavelot-Malmedy. Leurs territoires furent rattachés à la France par la loi du 9 Vendémiaire An IV (1 octobre 1795). Le Traité de paix de Campo Formio du 26 Vendémiaire an VI légalisa la réunion de nos Provinces à la France.
Devenus français, Anthisnes et Vien ne formeront plus qu'une seule Commune, incorporée au Département de l'Ourthe avec Liège comme chef-lieu. En 1815, la Belgique est rattachée à la Hollande et Anthisnes à l'Arrondissement de Huy.
La ferme exploitée par Mathieu Brahy sera vendue comme bien national le 30 juillet 1797. Avec la destruction de la statue de Saint-Laurent installée dans la niche de l'imposant porche, la vente de la ferme aura été une des autres conséquences de la Révolution française.
Au XIXe siècle, la ferme est la propriété du chevalier Grandchamps. En 1890, l'église est désaffectée et transformée en remise agricole. En 1931, celle-ci est classée et dès 1948, A. Puters et J. François, membres de la Commission Royale des Monuments et Sites signalent l'intérêt du monument et plus particulièrement celui des peintures murales. Ils proposent d'étendre le classement à l'ensemble de la ferme. Après enquête, l'arrêté royal de classement est enfin signé le 25 novembre 1963.






